Un milliard de dollars en moins pour la météo et le climat aux États-Unis : des scientifiques dénoncent le projet dangereux de Trump

L’administration Trump prévoit de réduire fortement le budget de la principale agence des États-Unis consacrée à l’étude de la météo, de l’océan et du climat, la NOAA. L’information révélée la semaine dernière a provoqué l’inquiétude de nombreux chercheurs et prévisionnistes, qui craignent une dégradation des moyens de protection face aux risques naturels et l’abandon de programmes de recherches dans des domaines au rayonnement international.

Vendredi 3 mars, le Washington Post révélait une part du budget proposé pour l’année 2018 par le Bureau de la Gestion et du Budget (OMB) de la Maison Blanche.1 Le mémo de 4 pages présente le projet d’une baisse de 18 % du budget du Département de Commerce des États-Unis, dont la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) : elle perdrait 990 millions de dollars par rapport à son budget actuel, soit une baisse de 17 %.

De nombreux programmes, notamment ceux concernant la préservation des environnements côtiers, seraient supprimés. Le service météorologique national (NWS) perdrait 53 millions de dollars, soit une baisse de 5 %. D’autres composantes sont durement touchées : le bureau de la recherche sur l’océan et l’atmosphère perdrait 126 millions de dollars, représentant 26 % de son financement actuel ; le département chargé de la gestion des satellites d’observations (le National Environmental Satellite, Data, and Information Service) accuserait quant à lui une perte de 513 millions de dollars, une baisse de 22 %.

Ces révélations ont vivement fait réagir des météorologistes, chercheurs et anciens dirigeants de la NOAA. Des baisses aussi radicales du budget de l’agence risquent de nuire à la sécurité des personnes, et plus largement à celle de la société : le travail de surveillance météorologique et de recherches sur l’environnement et le climat permet aujourd’hui de préserver des vies et prévenir des pertes économiques potentiellement désastreuses face aux risques naturels. « Ce serait dévastateur pour l’économie, l’emploi, la sécurité et la subsistance des Américains dans chaque état » a déclaré sur weather.com Jane Lubchenco, ancienne directrice de la NOAA sous l’administration Obama. David Titley, ancien directeur opérationnel de l’agence et professeur de météorologie à l’université de l’état de Pennsylvanie, explique que « c‘est une très sérieuse attaque pour une agence dont dépend chaque Américain pour avoir des prévisions météorologiques précises, des plages et des littoraux surs, une sécurité de navigation pour les dizaines de milliards de dollars et les dizaines de milliers d’emplois aux États-Unis dépendant du commerce maritime, et une information climatique que chaque secteur de notre économie et de notre société utilise pour concevoir une infrastructure appropriée. »2

Si les coupes du service météorologique prévues sont relativement limitées, il n’en serait pas moins perturbé que le reste des activités de la NOAA. Les prévisions, suivis et alertes se font massivement à partir des données satellites, le programme le plus durement touché par ces propositions.3 Pour diffuser des prévisions de qualité, les modèles numériques doivent aussi être développés à partir de nouvelles données et de nouvelles recherches. Or, les fonds dédiés à l’éducation et la recherche seraient eux aussi amputés d’un quart de leur budget actuel, impactant par ailleurs les dizaines de laboratoires et universités qui partagent des programmes avec l’agence. D’après Cliff Mass, chercheur en sciences de l’atmosphère à l’université de Washington, « les modèles météorologiques nationaux sont tombés sous les modèles européens dans leurs capacités de prévision. Une coupe si grande pourrait énormément saper les travaux qui se font en ce moment pour remplacer la génération actuelle problématique de modèles globaux ».4

Coopération internationale – Cette image satellite est développée pour la détection des nuages et tempêtes de sable. Cette image du nord de l’Afrique est prise par un satellite des États-Unis (NOAA / NASA), et colorisée par un système expérimental de traitement des données européen, mené par EUMETSAT. (plus de détails sur le site de la NOAA)

La restriction des activités de la NOAA pourrait avoir des conséquences au-delà des États-Unis. La météorologie et la climatologie se sont construites tout au long du XXème siècle comme des « sciences globales », qui nécessitent un réseau de recherches et d’observations constantes à travers le monde pour pouvoir comprendre et étudier l’atmosphère. La NOAA participe activement à cet effort mondial en fournissant des services et des informations aux météorologistes et chercheurs tout autour du globe. « Tout ce que nous faisons est international, » dit Joanna Haigh, co-directrice de l’institut Grantham à l’Imperial college de Londres, « et on repose particulièrement sur les données des satellites américains. Peut-être pourrions-nous nous en sortir si d’autres domaines étaient coupés – peut-être que les Chinois ou les Indiens pourraient même combler le trou – mais nous manquerions clairement des données des satellites des États-Unis. »5

Ces propositions de la Maison Blanche ont été proposées au Congrès ce jeudi 16 mars, ouvrant les négociations jusqu’au vote sur un budget définitif. Même si les chiffres vont probablement changer par la suite, l’administration Trump marque ici sa détermination à appliquer une politique hostile aux programmes de protection de l’environnement et de recherches sur le climat. En plus de la NOAA, la FEMA, agence de protection civile qui coordonne les secours en cas de catastrophe naturelle, est elle aussi ciblée par des coupes budgétaires. Ces révélations font suite à l’annonce de la baisse de 25 % du budget de l’Agence de Protection de l’Environnement (EPA), dont la direction a été confiée par Donald Trump à Scott Pruitt, affirmant il y a encore quelques jours qu’il doutait de la cause anthropique du réchauffement climatique.6 La conjonction des baisses de fonds sur l’ensemble de ces agences risque de mener à de véritables catastrophes environnementales, comme dans les Grands Lacs où le programme de nettoyage serait amputé de 97 %, avec des financements passant de 300 millions de dollars à 10 millions de dollars.7

Au total, la Maison Blanche compte récupérer 54 milliards de dollars dans ses agences nationales et ses aides internationales, pour financer une augmentation équivalente des dépenses militaires.8

À lire aussi sur le sujet :

Florida scientists worried about Trump’s proposed budget cuts – Tampa Bay Times, 14 mars
Trump et la science : coup de hache dans les satellites et la météo 6 – Agence Science Presse, 9 mars
NOAA and the new administration : Will Trump make America’s weather model great again ? – Whasington Post, 10 janvier
Who wins and loses in Trump’s proposed budget – The New York Times, 16 mars

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