Réchauffement climatique et apocalypse : comment les médias n’ont pas parlé de la WWOSC

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La semaine dernière, la France se réveillait sous la terrible menace du temps prévu à long-terme : une belle grosse poignée de médias nationaux dressait le tableau apocalyptique annoncé par les météorologues en conséquence du réchauffement climatique. Ces articles catastrophistes n’ont pas manqué de faire réagir plusieurs membre de la communauté météo française, révoltés par ce scénario un peu trop exotique à leur goût.

La soudaine vague d’articles sur la météo du futur qui a déferlé en France le jeudi 21 août 2014 nous a surpris, aussi bien par son contenu que son étendue. En effet, les articles ressemblent presque à un brouillon du synopsis du Jour d’Après, mais ont pourtant été repris par un grand nombre de journaux nationaux. Pourquoi, soudainement, tous les grands médias ont annoncé le même jour les terribles effets météorologiques du réchauffement climatique ? Comment leur base commune est-elle construite, et du coup, est-ce que ces articles sont pertinents ? On a voulu tirer au clair toute cette affaire, pour mieux comprendre ce qui nous apparait au premier abord comme un gros dérapage médiatique.

Présentation des acteurs [revue de presse]

Partons de ce qu’on a : les articles eux-mêmes. On ne va pas lister tous les médias qui ont repris la nouvelle tellement ils sont nombreux : 20minutes, Direct Matin, le Figaro, le Point, le Nouvel Obs, … Tous reprennent grosso modo le même article, en prenant la peine de changer quelques mots au coin des phrases, et en élaborant chacun un titre à sa sauce à base des mots-clés « météorologues », « apocalypse », « réchauffement climatique ». Sciences & Avenir ne fait pas mieux, en annonçant un réchauffement climatique « pire que prévu ». La presse régionale, apparemment, ne s’est pas privé de l’information, avec des « météorologues inquiets » chez La Voix du Nord. Les autres médias ne sont pas en reste : TF1 est aussi passé par-là, comme les radios (allez, l’exemple de RTL). Si EchoPlanete reprend le même article, ils parviennent toutefois à le compléter de quelques informations sur l’événement concerné. On s’est gardé d’étendre nos recherches à l’international, mais on a facilement trouvé le même article dans l’Economic Times, ce qui laisse penser que la France n’est pas vraiment isolée. Néanmoins, quelques articles ont réussi à être différent lorsqu’on s’est aventuré vers des sources québecoises, en particulier le Journal du Québec : en s’appuyant sur le même événement, ils proposent un discours radicalement différent, dont le seul titre (« Les bulletins météo du futur seront plus précis »)  prouve que d’autres tons étaient bel et bien possibles. Plus tard, ce mardi 26 août, l’Humanité semble davantage saisir le cœur du sujet.

Lire tous ces articles quasi-identiques n’est pas une surprise pour ceux qui connaissent l’existence des agences de presse : tous ces articles proviennent d’une dépêche de l’AFP (Agence France Presse), et c’est monnaie-courante en France. On laisse le débat sur l’intérêt des agences de presse à l’écart : ce qui nous importe ici, c’est de connaître la véritable source de cette vague médiatique.

En résumé, les auteurs reportent quelques effets attendus du réchauffement climatique sur la météo, recueillis lors d’un événement particulier : la première Conférence Scientifique Publique Mondiale sur la Météorologie, qui s’est tenue à Montréal du 16 au 21 août 2014. Après avoir rappelé les évolutions prévues du climat avec son réchauffement, l’article s’appuie sur le discours de plusieurs scientifiques présents à cette conférence pour exhiber une panoplie d’effets prévus : vagues de froid, canicules et sécheresses plus marquées, fortes turbulences aériennes dangereuses pour les avions, recrudescence de vagues géantes, hausse des océans, … Face à ces phénomènes extrêmes, il y a urgence à se préparer et s’adapter, alors que les supercalculateurs manquent encore pour affiner les prévisions.

L’AFP puise donc l’essentiel de ses informations depuis la Conférence Scientifique Publique Mondiale sur la Météorologie, qu’on appellera désormais par son acronyme WWOSC (pour World Weather Open Science Conference). Le thème « La météo : quel avenir ? » a été fixé par ses organisateurs qui sont clairement identifiés : l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM), le Conseil International pour la Science (ICSU, pour International Council of Scientific Unions), le ministère canadien de l’environnement, et le conseil national de recherche du Canada. L’OMM est un organisme historique des Nations Unies, qui coordonne à l’échelle mondiale les activités météorologiques de chaque pays. L’ICSU est aussi une importante organisation, non-gouvernementale, qui prône un libre partage des connaissances entre scientifiques, indépendamment de leur origine.

En plus des articles issus de la dépêche de l’AFP, on trouve aussi tous les communiqués de presse émis par les organisateurs, ici concentrés par l’OMM. Deux annonces ont été émises les 20 mai et 30 juillet, dont la dernière a été reprise pour le communiqué du 31 juillet, suivi de celui du 12 août. Le lendemain de la WWOSC, le 22 août, une déclaration a été publiée sur l’espace presse du site.

Enfin, cette vague d’articles à fait réagir plusieurs personnes, qui fournissent alors une réponse à ce catastrophisme. On s’intéressera ici aux réactions publiées par La Chaine Météo (reprise par Le Temps), Météo Express et lamétéo.org, des médias plus spécialisés sur la météo.

Pourquoi organiser la WWOSC ?

De par la nature de ses organisateurs, il y avait clairement de quoi attendre un grand événement international, une rencontre unique de scientifiques venus des quatre coins du monde pour partager leurs connaissances en météorologie. L’OMM et l’ICSU auraient donc réunis un gros millier de scientifiques pour annoncer de terribles présages sur l’avenir de notre monde, et mettre en garde les misérables que nous sommes ? Ce serait avoir une image bien grossière de ces institutions. Mais dans le doute, on a tout de même recherché d’éventuelles traces d’un discours qui aurait pu inspirer l’angle choisi dans la dépêche de l’AFP.

De manière générale, les deux premiers communiqués qui annoncent la WWOSC valorisent essentiellement l’avancée de la science, la diversité des sujets alliant la météorologie avec son utilisation en société, et la volonté de réunir météorologie et climatologie. De nouvelles prévisions du réchauffement climatique ne sont vraisemblablement pas à l’ordre du jour, ou en tout cas ne sont clairement pas les priorités de l’événement. Les seules similitudes avec la dépêche de l’AFP qui nous apparaissent restent marginales dans l’ensemble du texte. L’OMM annonce notamment des séances spécifiques à propos des phénomènes extrêmes, avec une fin de phrase qui prête à sourire étant donné les articles qu’on étudie :

Des séances spéciales seront consacrées aux phénomènes météorologiques à fort impact tels que les vagues de chaleur ou de froid, les sécheresses, les précipitations extrêmes, les inondations, les tornades et les ouragans, qui font bien trop souvent la une de l’actualité.

L’OMM évoque vraisemblablement l’abondance regrettable des phénomènes violents, mais cette phrase trouve un écho insolite avec notre analyse centrée sur la médiatisation catastrophiste de la météo. Outre cette remarque, si l’on pourrait trouver ici une porte ouverte à un discours alarmiste, elle reste néanmoins petite, et dépourvue de toute référence aux phénomènes futurs, avec encore moins d’allusion au réchauffement climatique. D’ailleurs, ce sujet n’est pas directement abordé. La seule référence au climat se trouve dans les paragraphes qui annoncent la volonté de réunir climat et météo : cette union est explicitement formulée comme une nouvelle approche scientifique, et non pas comme le croisement des résultats de chaque approche.

On parle alors de météorologie sans discontinuité, en opposition à l’approche moderne que traduit l’expression «temps et climat».

Le communiqué du 12 août change radicalement de ton. À quelques jours de l’événement, l’OMM ne mâche pas ses mots pour qualifier l’événement qui se profile : une « révolution silencieuse » qui se glisse dans l’ombre des avancées de la climatologie. Ainsi, contrairement aux deux communiqués précédents, celui-ci consacre plus des 3/4 de son texte à la nouvelle approche qui réunit météorologie et climatologie. Les différentes pratiques de modélisation et de prévision du temps sur des échelles jusque-là peu explorées, supérieures à deux semaines jusqu’à plusieurs mois, sont présentées comme les nouveaux espoirs prometteurs de la météorologie. Les prévisions d’ensemble, les cycles de El Niño ou encore l’oscillation Nord-Atlantique servent d’exemple pour cette nouvelle étude du système-Terre en pleine effervescence. Dans ce généreux éloge de la discipline, on trouve aussi les sujet de l’amélioration des prévisions à petite échelle, et l’enrichissement continu des systèmes de gestion des risques et de communication, qui restent toutefois plus discrets. Ainsi, l’inébranlable progrès de cette météorologie frénétique libère dans le dernier paragraphe une ambition démesurée, voire légèrement démagogique, qui mérite d’être citée :

Chacun pourra utiliser les prévisions pour améliorer sa qualité de vie et planifier ses activités sur une journée, une semaine, un mois, une saison, ou plus encore. Les prévisions serviront à une utilisation plus rationnelle des ressources, par exemple l’approvisionnement en énergie dans les ménages, et chacun pourra décider en toute confiance et bien à l’avance quand planifier ses voyages, son travail, et ses activités sportives.

Les raisons qui motivent l’organisation de la WWOSC sont presque évidentes au regard des communiqués de l’OMM. Cette conférence est l’opportunité d’envoyer un message fort de promotion de la discipline à travers le monde. La météorologie apparait alors comme une science au progrès effervescent et à l’avenir déterminant, qui est un enjeu majeur, décisif, incontournable pour nos sociétés futures. Par ailleurs, le choix de concentrer sa communication sur cette nouvelle approche qui réunit météo et climat peut être perçue comme un grand appel à la communauté scientifique pour l’intensification des activités qui ciblent ces échelles de temps encore peu maîtrisées. Mais ce choix peut aussi être une façon de s’emparer de la visibilité du domaine de la climatologie, qui a su se faire une place médiatique imposante ces dernières années, alors que la météo reste durement attachée aux catégories de faits divers.

Cette conférence présentait aussi des commanditaires (ou sponsors), mais leur rôle dans l’organisation semble être resté extrêmement marginal, l’essentiel des avantages proposés en échange de leurs versements consistant essentiellement à proposer une visibilité et des espaces publicitaires. Il s’agissait d’entreprises de communication de la météo, de technologies et instruments dédiés, et quelques organismes de météorologie. L’appel au développement de la météorologie soutenu par cette conférence va évidemment dans leurs intérêts.

La WWOSC ne se résume pas, toutefois, à une seule grosse opération de communication. C’est aussi l’occasion de réunir les chercheurs du monde entier pour partager les savoirs les plus récents, ainsi que l’avancée des recherches actuelles, de façon à constituer de façon temporaire un « état de l’art » de la météorologie. La présence de plusieurs chercheurs au même endroit sur des sujets très variés permet une croisée des sujets accrue, susceptible de générer de nouvelles formes de collaborations et de nouvelles recherches. Au-delà des intérêts de développement des savoirs, il s’agit aussi d’un contexte exceptionnel pour mettre en place et renforcer des liens sociaux entre les différents acteurs de la discipline. Le milieu de la recherche scientifique étant particulièrement diversifié et disséminé à travers le monde, de telles rencontres sont rares et matérialisent un groupe important et actif, qui peut paraître fictif ou peu visible pendant ses activités régulières. C’est particulièrement vrai pour la météorologie, qui mobilise des compétences en physique, chimie, géologie, géographie, écologie, informatique, mathématiques, sociologie, politique, économie, droit, et sûrement d’autres encore qu’on oublie.

En somme, si la WWOSC est une évidente vitrine mondiale de la météorologie, elle est aussi organisée pour mobiliser les chercheurs, et fédérer les orientations ciblées par la discipline. S’il y a bien une valeur de réunion avec la climatologie qui est transmise dans les communications de l’OMM, c’est le seul aspect qui se rapproche des propos de l’AFP. On reste loin, toutefois, d’un discours porté sur d’inquiétantes prévisions météorologiques à cause du réchauffement climatique, et on a du mal à croire que ces communiqués aient pu être interprétés comme des alertes catastrophistes. À moins d’avoir lu de travers seulement les premières lignes de chaque paragraphe en 30 secondes, les communiqués restent suffisamment explicites pour écarter toute confusion.

Que s’est-il passé à la WWOSC ?

Si les communiqués en amont de la WWOSC ne laissent pas de signes d’une escalade vers un discours apocalyptique, les prévisions alarmantes proviennent-elles alors de la conférence elle-même ?

Il nous devient plus difficile d’investiguer sur cette piste, car les échos de la conférence se font étrangement peu visibles. Néanmoins, l’ampleur et la diversité de l’événement laisse rapidement deviner que faire une synthèse de toutes les interventions ressemble à une mission impossible. La conférence compte en effet plus de 1000 intervenants avec d’aussi nombreuses présentations, depuis 50 pays, réunis pendant 6 jours. Plutôt que de faire la liste exhaustive des titres de conférences collectés et vous proposer une lecture aussi passionnante qu’un dictionnaire, on a décidé de s’intéresser à la structure générale de l’événement, pour cerner les grandes lignes conductrices.
Toutefois, pour les courageux, les 912 pages de présentations de chaque conférence sont disponibles dans le livre des résumés (en anglais).

La WWOSC est organisée par un comité international, co-présidé par Michel Béland, président sortant de la commission des sciences atmosphériques de l’OMM, et Alan Thorpe, directeur général du centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen-terme (qu’on connait plus souvent sous le nom de ECMWF). S’y ajoutent 12 autres membres, pour la plupart directeurs de centres météorologiques nationaux. C’est ce comité qui coordonne l’ensemble des groupes secondaires d’organisation de la conférence. Le schéma proposé dans la présentation de l’événement résume l’ensemble :

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On se passe ici des groupes d’organisation et de logistique pour se concentrer sur la structure du contenu des conférences. On remarque ainsi que la WWOSC a été divisée en deux grandes parties : le « programme scientifique » et les  » utilisateurs, applications et sciences sociales », toutes deux gérées par un comité dédié.

Chaque partie a été divisée en grands thèmes, auxquels doivent s’affilier les conférences.

Découpage du programme scientifique (notre traduction) :

  • Session spéciale : héritage du Programme Mondial de Recherche Météorologique (WWRP) post-THORPEX (note : THORPEX était un programme de recherche et développement sur 10 ans, de 2002 à 2012, pour améliorer la précision des prévisions météorologiques entre 1 et 15 jours)
  • Thème 1 – Observations et assimilation de données
  • Thème 2 – Prévisibilité et Processus dynamiques / physiques / chimiques
  • Thème 3 – Interactions entre les sous-systèmes
  • Thème 4 – Prévision numérique du système Terre : tout assembler
  • Thème 5 – Risques et impacts liés à la météo

Découpage du programme utilisateur, application et science sociale :

  • Économie des biens et services
  • Organisations gouvernementales et fonctions
  • Gestion et réduction des risques de catastrophes
  • Communication de l’information météorologique
  • Sujets transdisciplinaires et autres
  • Thème 5 du programme scientifique : Risques et impacts liés à la météo

Enfin, des sous-catégories ont aussi été proposées pour chaque thème, qu’on ne liste pas ici mais restent disponibles, pour les curieux, dans la présentation de l’OMM de novembre 2013.

Ainsi, après avoir vérifié les 67 sous-thèmes qui ordonnent le petit millier de conférences qui ont eu lieu à la WWOSC, aucun d’entre eux ne suggère des prévisions météorologiques à long-terme pour améliorer les prévisions climatiques. Le seul thème qui pourrait supposer une telle intervention s’intitule « estimer la valeur sociale et économique de l’information sur le temps, l’eau et le climat », classé dans le programme utilisateur, application et science sociale. C’est, semble-t-il, la seule occurrence du climat dans tous les sujets. Ce titre nous semble suffisamment précis pour limiter toute importante digression vers des prévisions climatiques.

En feuilletant le livre des résumés, les titres de chaque conférence semblent fidèles à leurs catégories, et nous n’avons repéré aucun écart notable ou flagrant qui aurait pu conduire à un tel traitement de l’information.

Chaque journée était introduit par une session plénière commune, puis les autres sessions étaient toutes organisées en parallèle. Des espaces étaient réservés à l’exposition de posters, accompagnés généralement d’une présentation par les auteurs programmée dans l’après-midi. Les sessions plénières se présentant alors comme des moments forts de la conférence, on a récupéré les thèmes de chacune d’entre elles :

  • Conférence d’ouverture, samedi 16 août – Une vision de la recherche, des prévisions et des services du système Terre au 21ème siècle
  • Dimanche 17 août – Pourquoi devrions-nous être préoccupés des impacts météorologiques sur nos systèmes énergétiques ?
  • Session plénière scientifique, dimanche 17 août – La science de la prévision météorologique : succès passés et défis futurs
  • Session plénière scientifique, dimanche 17 août – Réunion générale sur la météorologie sans discontinuité
  • Lundi 18 août – Comment les sciences sociales sont et ne sont pas intégrées dans la science météorologique
  • Lundi 18 août – Avancées dans la prévision météorologique numérique mondiale et investigations futures
  • Mardi 19 août – Les rôles complémentaires de l’assurance et de l’information météorologique dans la gestion des risques
  • Mercredi 20 août – Interface science-pratique : interroger la vulnérabilité au climat, la réduction des désastres et la résilience urbaine
  • Mercredi 20 août – Vers une prévision environnementale et météo-climatique sans discontinuité
  • Jeudi 21 août – Besoins de la recherche pour une meilleure résilience de santé aux risques météorologiques
  • Jeudi 21 août – Informatique Haute-Performance

On retrouve dans cette liste quelques sujets qui partagent plus de points communs avec une prévision climatique précise. La deuxième session du lundi 18 août qui évoque les évolutions de la prévision météorologique pourrait accueillir un discours sur les prévisions à très long terme. Néanmoins, la lecture détaillée du résumé indique plutôt une concentration sur les avancées de la prévision et non des résultats de prévisions, et se concentre de plus sur l’échelle du moyen-terme (2 semaines à quelques mois), encore relativement loin des prévisions climatiques :

À l’avenir, il devient apparent que de nombreux composants du système Terre (atmosphère, océans, composition, terres, cryosphère) sont influents pour les prévisions météorologiques de moyen-terme. Ainsi les analyses et prévisions de ces composants, sur plusieurs échelles de temps, sont socialement significatifs et la prévision numérique du temps évolue donc en une prévision numérique de l’environnement. Une exploration de l’horizon des capacités de prévisions de façon systématique nous permettra de déterminer ce qui peut être prévu, et sur quelles échelles d’espace et de temps il y a une prévisibilité.

La première session du mercredi 20 août qui annonce « interroger la vulnérabilité au climat » laisse croire une prise de parole possible sur un avenir quelque peu dramatique. Toutefois, la lecture du résumé écarte assez rapidement cette piste, la conférence se concentrant finalement sur une analyse des expériences passées de gestion des risques climatiques et et d’inondation en Asie.

En revanche, la deuxième session plénière du mercredi 20 août est probablement la conférence qui propose l’angle le plus proche de celui de la dépêche AFP. Le résumé mérite d’être entièrement traduit :

Pendant la dernière décennie, la prévision du temps et du climat a émergé comme l’un des domaines les plus importants du travail scientifique. C’est en partie parce que la remarquable augmentation des capacités de prévisions du temps actuel en a rendu les sociétés de plus en plus dépendantes, jour après jour, pour un large éventail de prises de décision. Et c’est en partie parce le changement climatique est maintenant largement accepté et que l’on prend rapidement conscience qu’il affectera profondément chaque personne dans le monde, directement ou indirectement. Auparavant, la séparation entre la prévision météorologique et la prévision climatique a été essentielle et compréhensible, car la prévision numérique du temps était bien plus avancée et sophistiquée et parce que la science de la prévision climatique était relativement immature. C’est de moins en moins le cas. L’importance des phénomènes météo risqués dans la conduite de quelques-uns des plus profonds impacts du changement et de la variabilité du climat, et avec l’intérêt grandissant des usagers pour les prévisions mensuelles à décennales, il y a un clair besoin pour une plus grande approche sans discontinuité de la modélisation et de la prévision. En même temps les observation du système Terre, particulièrement depuis l’espace, fournissent une augmentation continue de l’information à propos du système entier.  Cette conférence va fournir la preuve qu’en atteignant une une approche sans discontinuité plus unifiée, construite sur les synergies entre les prévisions météorologiques et climatiques, et entre la recherche fondamentale et appliquée, nous seront dans la meilleure position possible pour accélérer l’avancée des services météorologiques, climatiques et environnementaux pour répondre aux besoins grandissants de la société.

Cette conférence, tenue par Julia Slingo du Met Office (l’équivalent de Météo-France au Royaume-Uni), saisit pleinement le thème de l’article sur lequel on enquête. Le réchauffement climatique est ici longuement utilisé pour justifier l’intérêt grandissant pour les prévisions à plus long-terme. Ces prévisions, d’ailleurs, concernent bien une évolution sur plusieurs années et non plus sur plusieurs semaines comme c’était jusqu’à présent le cas. On y retrouve donc plusieurs ingrédients possibles d’un article sur des prévisions catastrophistes du réchauffement climatique, mais il ne s’agit pas, contrairement à ce qu’il y parait, le sujet principal de la conférence. Le changement climatique est ici utilisé comme enjeu pour susciter l’intérêt d’efforts de recherche, et sert aussi pour faire le lien avec l’angle valorisé par l’OMM : le rapprochement entre météorologie et climatologie. L’objet du discours reste bel et bien la recherche en météorologie pour améliorer les capacités de prévisions sur de nouvelles échelles de temps intermédiaires, et non pas l’annonce de nouvelles prévisions plus précises du changement climatique ; seulement le moyen d’y parvenir.

Enfin, la déclaration publiée sur le site de la WWOSC le 22 août dresse une synthèse de l’événement, évidemment annoncé comme un grand succès. Le texte revient sur les récentes avancées de la météorologie et l’augmentation de son enjeu pour la société, un propos relativement équivalent à celui annoncé en préparation de la conférence. Les pistes d’évolution de la météorologie dans les prochaines décennies explorées lors de la WWOSC sont ensuite détaillées, en reprenant sans surprises les principaux thèmes de la conférence : l’augmentation de la précision des prévisions, le développement d’une météorologie sans discontinuité, la collaboration transdisciplinaire pour une meilleur utilisation par la société, l’encouragement aux jeunes chercheurs. Ce texte, forcément positif (à moins d’une catastrophe, les organisateurs critiquent rarement leurs propres événements dans les communiqués), ne laisse pas apparaître de grande différence avec le programme de la conférence : il s’agit presque d’une simple retranscription du futur au passé.

La WWOSC était donc une conférence mondiale sur la météorologie aux valeurs d’innovation et de transdisciplinarité. Cet événement était l’occasion de réunir une communauté large de la météorologie, des chercheurs aux usagers, pour établir un état de l’art de la discipline, ventant quelque peu les mérites de son histoire. Les discours se sont concentrés sur les évolutions envisagées pour la météorologie, ses ambitions et les moyens de répondre aux attentes de la société. C’est dans ce cadre que les prévisions climatiques sont entrées en jeu, pour leurs intérêts à rejoindre les prévisions météorologiques pour former une nouvelle approche. Et c’est seulement dans la perspective d’une nouvelle pratique de prévision météorologique à moyen-terme qu’a été introduit les enjeux de changement climatique. Ce sujet était donc bien présent lors de la WWOSC, mais comme en témoigne le niveau de recherche documentaire nécessaire pour le relever, il est resté relativement minoritaire comparé aux principaux thèmes et aux valeurs propres à la conférence.

Un article en décalage total avec la WWOSC

Prenons désormais un peu de recul sur l’événement pour retourner à la dépêche de l’AFP. Si l’on s’y réfère, la WWOSC semble être un événement radicalement différent de tout ce qui a été construit précédemment. La phrase d’introduction à elle-seule est déjà extrêmement étonnante :

Turbulences aériennes accrues, épisodes polaires et caniculaires toujours plus extrêmes, vagues géantes dans les océans: les spécialistes mondiaux du climat ont brossé un tableau apocalyptique de la météo des prochaines décennies lors d’un congrès international qui s’est conclu jeudi à Montréal.

D’après l’AFP, ce sont donc des « spécialistes du climat » qui ont participé à un congrès international. Un congrès pour quelle utilité ? De toute évidence, pour établir les prévisions des 30 prochaines années. Les phénomènes extrêmes prévus ont ici le premier rôle dans un tableau dantesque.

Cette seule phrase relève la totale confusion des journalistes auteurs de cette dépêche. On perd ici à la fois les acteurs et les objectifs de l’événement. Plus questions de météorologistes, la large communauté invitée à ce congrès disparait complètement sous le nom de « spécialistes du climat ». C’est une erreur particulièrement importante, puisqu’un des objectifs grandement annoncé des organisateurs était justement de réunir les efforts de la météorologie et de la climatologie. Dans un congrès où seuls sont présents les « spécialistes du climat », comment chercheurs en météo et climat peuvent-ils se réunir, les premiers ayant complètement disparu ?

L’autre information que contient cette phrase est encore plus surprenante que ces faux acteurs : la WWOSC aurait été organisée pour dévoiler des prévisions plus précises du climat à venir, et faire en quelque sorte un conglomérat des prévisions de chaque chercheur, formant au final un tableau de la météo prévue dans quelques décennies. Évidemment, parmi ces prévisions, le pire du pire sert à définir le temps prévu, comme on définirait un musée juste en montrant ses 4 meilleures œuvres. Pourtant, on l’a vu précédemment, aucun groupe, aucun thème ni aucune catégorie n’aborde la question « quel temps prévu dans 30 ans ? ».

Poursuivons notre lecture.

A l’initiative de l’Organisation météorologique mondiale, agence des Nations unies, un millier de scientifiques ont débattu autour du thème, « la météo, quel avenir ? » à l’occasion de cette première conférence mondiale sur la météorologie.

Près de 10 ans après l’entrée en vigueur du Protocole de Kyoto qui visait à réduire les émissions de gaz à effet de serre, la question n’est plus d’établir si le réchauffement de la Terre va avoir lieu.

Non sans soulagement, la deuxième phrase apparait moins extravagante et même tout à fait correcte, mais ce n’est qu’un court répit. La dépêche replonge complètement dans le sujet du réchauffement climatique à partir de la troisième phrase, une brèche dans laquelle il s’engouffrera tête baissée jusqu’à la dernière ligne. Ainsi coincée entre la réunion des « spécialistes du climat », le Protocole de Kyoto et le réchauffement planétaire, le titre de la conférence mondiale sur la météorologie trouve un tout autre écho.

En effet, « la météo, quel avenir ? » peut aussi être interprétée dans le sens « quel temps prévu à l’avenir ? », et non pas comme « quel avenir pour la météorologie ? ». C’est peut-être là la source de l’immense confusion qui transcende tout l’article, aussi bien dans sa structure que son contenu. Le terme « météo » aurait été interprété dans le sens de « temps sensible, temps qu’il fait » au lieu de considérer la météo comme science en tant qu’ensemble de connaissances, de méthodes, de groupes et d’activités sociales. Avec une lecture erronée de ce titre, on peut bien imaginer une conférence pour exposer les prévisions météo à long terme, tel un bulletin météo exceptionnel qui annonce le temps pour les 100 prochaines années plutôt que les 7 prochains jours.

Une fois considéré que la WWOSC est un événement où des spécialistes annoncent les résultats de prévisions pour le siècle à venir, la suite de l’article semble alors tout à fait logique :

« C’est irréversible et la population mondiale continue d’augmenter, il faut que l’on s’adapte », observe Jennifer Vanos, de l’Université Texas Tech.

La première décennie du XXIe siècle a vu la température moyenne de la surface de la planète augmenter de 0,47 degré celsius. Or, une hausse de 1 degré génère 7% plus de vapeur d’eau dans l’atmosphère, et comme l’évaporation est le moteur de la circulation des flux dans l’atmosphère, une accélération des phénomènes météorologiques est à prévoir.

D’autant que les scénarios retenus par la communauté scientifique privilégient une hausse de 2 degrés de la température moyenne à la surface de la Terre d’ici 2050.

« Les nuages vont se former plus facilement, plus rapidement et les pluies vont être plus fortes », engendrant notamment davantage d’inondations soudaines, note Simon Wang, de l’Université Utah State.

D’une manière générale, relève ce chercheur américain, la hausse des températures va avoir « un effet d’amplification sur le climat tel qu’on le connaît actuellement ».

Les épisodes de grand froid, tel le vortex polaire qui s’est abattu cet hiver sur une grande partie de l’Amérique du nord, seront plus marqués, plus extrêmes, tout comme les vagues de chaleur et les périodes de sécheresse, ajoute-t-il.

Dommage que ces approfondissements détaillés concernent un thème hors-sujet de la conférence, ou tout au mieux marginal.

La suite de l’article pourrait néanmoins laisser apparaître un espoir de redirection vers les véritables intérêts de la WWOSC :

Le défi pour les météorologues est donc désormais d’inclure la « force additionnelle » créée par le réchauffement climatique dans des modèles de prévision toujours plus complexes, explique M. Wang.

– Superordinateurs recherchés –

Pour ce faire, les météorologues des prochaines décennies auront besoin d’ordinateurs surpuissants, actuellement extrêmement peu nombreux.

On peut retrouver, un peu caché dans la première phrase, les discours concernant l’élaboration de nouveaux modèles numériques avec de nouvelles échelles de temps (« des modèles de prévision toujours plus complexes ») : si l’idée de nouvelles approches issues des méthodes de la météo et de la climato n’est pas explicite, on peut l’imaginer derrière le terme maladroit de « force additionnelle » (car il ne s’agit pas, comme il est suggéré, de simplement ajouter les prévisions du climat aux prévisions météo, mais plutôt d’encourager un développement commun aux deux).

C’est l’occasion d’une ouverture sur les problématiques matérielles et informatiques, qui prenaient bien quant à elles une partie conséquente de la conférence. Hélas, le sujet s’arrêtera à ces quelques lignes. La suite est pour le moins curieuse, avec une anecdote avec assez peu d’intérêt, si ce n’est susciter la sympathie ou la pitié pour un malheureux chercheur qui n’a pas de supercalculateur pour lui :

Météorologue à l’Université britannique de Reading, Paul Williams a par exemple dû recourir au superordinateur de l’Université américaine de Princeton, l’un des plus puissants au monde, pour étudier les impacts du réchauffement climatique sur les jetstreams, ces courants d’airs rapides situés à une dizaine de kilomètres d’altitude, où les avions de ligne évoluent.

On reprend alors le cours principal de l’article : une liste non-exhaustive des pires choses que craignent nos spécialistes du climat.

Après des semaines de calculs, son verdict est sans appel: « Le changement climatique donne plus de force à ces courants. (…) D’ici 2050, vous passerez deux fois plus de temps en vol dans des turbulences. »

Tout en notant qu’actuellement, en moyenne, seulement 1% du temps de vol des avions commerciaux subit des turbulences, M. Williams souligne que si la concentration de dioxyde de carbone augmente de façon exponentielle dans les prochaines années, « on ne sait pas comment les avions vont réagir » à ces masses d’air très agitées.

Et pas question de se rabattre sur le transport maritime pour voyager en toute quiétude: il faut en effet s’attendre à des vagues monstrueuses sur les océans. « Les compagnies de transport maritime rencontrent toujours plus de vagues énormes », dont certaines font 40 mètres de hauteur alors qu’auparavant 20 mètres était exceptionnel, dit Simon Wang, de l’Université Utah State.

« Ce n’est que le début du changement climatique, car les océans auront beaucoup plus d’impact en libérant davantage de chaleur et davantage de vapeur », avertit-il.

D’autant que l’épaisse calotte glaciaire du Groenland a commencé à fondre et pourrait à terme –« pas avant le siècle prochain »– engendrer une hausse de six mètres du niveau des océans, rappelle Eric Brun, chercheur chez Météo-France et auteur d’une récente étude sur le sujet.

La conclusion est évidente, digne des films catastrophes où il y a urgence à protéger nos vies dans un monde où tout aura changé :

Face à tant de bouleversements, Jennifer Vanos, biométéorologue à l’Université Texas Tech, estime qu’il y a urgence à modifier l’urbanisme des villes et les modes de vie en fonction de cette nouvelle réalité, afin de tenter de protéger les populations.

À plusieurs reprises, des scientifiques sont cités pour soutenir les propos de la dépêche. Ils sont au nombre de 4 : Jenifer Vanos, Simon Wang, Paul Williams et Eric Brun. On a voulu savoir quel était leur investissement à la WWOSC en cherchant dans le livre des résumés.

  • Jenifer Vanos, de la Texas Tech University, qui apparait au début et à la fin de l’article, a présenté 1 conférence, en session parallèle le jeudi 21 août : « Développement des îlots de chaleur urbains localisés et associations avec la pollution de l’air et la météorologie synoptique » ;
  • Simon Wang, de l’Utah Climate Center, a présenté 1 session de poster le mardi 19 août : « Identification du risque de précipitations extrêmes à travers les régions de moyennes latitudes« 
  • Paul Williams a présenté 3 sessions :
    Session parallèle du mercredi 20 août : « Le changement climatique va-t-il augmenter les turbulences de l’aviation transatlantique ? »
    Session parallèle du jeudi 21 août : « Atteindre une précision d’amplitude du 7ème ordre en méthode d’intégration « leapfrog » (saute-mouton) »
    Présentation de poster du mardi 19 août : « Impacts climatiques d’une paramétrisation stochastique des flux air-mer« 
  • Eric Brun a présenté 2 sessions parallèles :
    Mardi 19 août : « Avancées dans la prévision saisonnière de l’océan Arctique, la glace de mer et la biogéochimie avec le CNRM-CM »
    Jeudi 21 août : « Propriétés physiques et impacts sur les flux atmosphériques de surface de la couverture neigeuse« 

On retrouve alors deux conférences directement reliées (enfin !) à l’angle adopté par l’article, menées par Paul Williams. Les autres sujets ne font pas directement référence à des prévisions climatiques et concernent plutôt l’étude des propriétés de l’atmosphère sans application en météorologie opérationnelle, ou concernent, au mieux, la prévision saisonnière.

La dépêche de l’AFP marque donc par son angle très tranché : pour parler de la WWOSC, les journalistes choisissent de la voir en perspective du réchauffement climatique. Dans ce cas, on ne se retrouve pas tellement face à un article garni de quelques erreurs ou grossièretés qu’on a l’habitude de lire dès qu’un phénomène météo fait parler de lui. A priori, hormis la phrase d’accroche qui est bien trop évasive sur le sujet du congrès mondial, les autres informations contenues dans l’article sont correctes si l’on suppose que les propos rapportés n’ont pas été inventés de toute pièce. Chaque citation correspond assez correctement, au final, au scientifique associé. Par conséquent, cette dépêche AFP devient particulièrement intéressante dans la mesure où elle parvient à créer un discours imaginaire qui lui est propre – voire unique – à partir de propos éparses effectivement relevés lors de l’événement dont il s’agit. Le texte ne donne pas d’explications à proprement parler, mais enchaine des phrases en les présentant comme des faits qui annoncent toutes une situation d’urgence, un bouleversement inébranlable. On nous présente alors un monde où les risques et les dangers deviennent la norme et où une extrapolation vers l’apocalypse devient trop tentante. Ainsi, la ressemblance avec les prévisions astrométéorologiques de fin du monde annoncées au moyen-âge devient frappante, et on se demande si cette dépêche n’hérite pas, finalement, des valeurs judéo-chrétiennes qui appartiennent à l’apocalypse (la négligence de l’homme, la vengeance du monde, une justice supérieure) dans lesquelles bon nombre de lecteurs peuvent facilement se complaire.
Cet article massivement relayé par les médias nationaux devient en quelque sorte ce que la presse à scandale est à l' »information de la société ». L’objet principal de l’article est complètement détourné au profit d’un imaginaire partagé avec les films catastrophes, sans pour autant apporter de fausse information.

Ce grand écart avec le véritable sujet de la WWOSC n’est pas forcément volontaire. Le titre « la météo, quel avenir ? » a pu être mal interprété, et dériver vers le choix d’un angle inapproprié : celui des prévisions météorologiques pour le siècle prochain. Dès lors, les journalistes n’auraient ciblé que les discours qui répondaient à cette approche. Si c’est le cas, on peut reprocher aux journalistes de l’AFP de n’avoir eu qu’un intérêt d’une extrême superficialité concernant l’événement, puisqu’il semblait évident, même pour des personnes parfaitement étrangères à la météorologie, que la principale problématique du congrès n’étais en aucun cas celle du réchauffement climatique. En outre, le relai massif de cet article avec de rares corrections ou au contraire des éléments qui étoffent l’imaginaire catastrophiste (par exemple avec des photos) pose aussi la question des capacités des médias concernés à juger de la pertinence d’un article de l’AFP.

Mais il nous semble un peu trop facile d’accuser en bloc les médias. Ce décalage total entre l’événement, les propos de la WWOSC et ceux de l’AFP pointe du doigt les lacunes des échanges entre météorologie et médias : si les journalistes sont complètement passé à côté, c’est probablement aussi parce qu’ils n’ont pas les clés pour comprendre la culture que partage la communauté de la météorologie. Cette « imperméabilité » de la culture entre météorologistes et journalistes mériterait d’être questionnée, et le rôle de la communauté scientifique doit aussi être pris en compte.

Des réactions aussi décalées que l’article

Quelques articles ont été publiées face à cette vague catastrophiste qui n’a pas manqué de provoquer l’indignation des passionnés de météo. On s’intéresse à ceux de La Chaine Météo et de Lamétéo.org ; celui de Météo Express n’est plus accessible mais portait à peu près la même teneur, quoique de mémoire légèrement moins prononcé sur les propos du réchauffement climatique.

Si nous étions d’abord ravi de voir qu’une partie de la communauté réagissait face à cet étrange traitement de l’information, notre surprise a été de taille en lisant les articles. Tous ont plongé dans la suite de la dépêche AFP : plutôt que d’apporter des rectifications sur l’événement, le contexte est les intentions initiales des propos relevés par les journalistes, ils apportent des contre-arguments sur le hors-sujet de l’AFP. Ainsi, La Chaine Météo rentre dans une longue diatribe pour … Remettre en question le changement climatique, en exploitant à loisir l’éternelle controverse autour du GIEC qui permet de faire baver beaucoup d’encre pour ne rien expliquer. Lamétéo.org exploite aussi en long, en large et en travers la même brèche, en proposant comme arguments quelques exemples issus de l’histoire du climat. Cet édito amorce aussi la piste de l’alliance entre météorologistes et climatologistes, mais n’en reste hélas qu’à un « signe suspect », sans évoquer le puissant message annoncé par l’OMM de la volonté de réunir les deux disciplines.

Paradoxalement, ces réactions à l’encontre de la dépêche AFP n’ajoutent aucune clarification au propos. Vraisemblablement animés d’une volonté absolue de réagir à cette vague médiatique, ils ne détruisent pas l’incohérence de l’article mais au contraire la renforcent en apportant une réponse à ce qui précisément n’avait pas sa place dans l’article. De surcroît, cette réponse ne manque pas parfois de virulence et prend rapidement pour cible la crédibilité du GIEC, en exploitant davantage un climatoscepticisme plus rhétorique que scientifique.

Voilà comment l’organisation d’un premier congrès international sur la météorologie a débouché, au final, sur une attaque envers le GIEC ; un débouché pour le moins inattendu.
Pour finir, il est amusant de voir la WWOSC couverte par ce grand dérapage médiatique alors que l’événement lui-même accueillant une série de conférences sur le thème : « Relations média – scientifique : où nous avons fait des erreurs et comment les réparer ». Ce sujet d’étude a encore, visiblement, de beaux jours devant lui.


PS : Et par conséquent, si vous pouvez nous inviter à la prochaine WWOSC, on est prêt à en dire un peu plus – et surtout un peu plus pertinent – que l’AFP :). (Sait-on jamais hein …)

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